Diego Garcia Lara >
FUERA
>16 janvier — 28 février 2026
Diego Garcia Lara
Né en 1997 au Mexique.
Vit et travaille à Paris et en Savoie (F).
Nous sommes heureux de vous annoncer la première exposition personnelle de Diego Garcia Lara à la galerie, diplômé des Beaux-Arts de Paris en 2024.
Nous avions déjà présenté une oeuvre de lui l’été dernier dans notre vitrine extérieure rue Jacques-Callot à l’occasion de l’exposition « À première vue » réunissant 14 galeries du quartier de Saint-Germain-des-Prés et organisée par l’École en juillet-août 2025.
Il avait alors reçu le Prix du Jeudi des Beaux-Arts récompensant un(e) artiste participant.
Le jury était composé de Jean-Michel Alberola (artiste et ancien
professeur aux Beaux-Arts de Paris), Laurent Boudier (critique d’art et
journaliste à Télérama) et Emmanuelle Henry (présidente des Amis du
musée du quai Branly - Jacques Chirac).
Quand je travaille, je joue de stratagèmes techniques afin d'obtenir un résultat rapide, de la même façon que j'ai fabriqué des arcs en branches de laurier, je fabrique des peintures.
Quand je peins je joue, peut-être par peur de l'ennui, j'ai souvent provoqué l'erreur, afin de devoir trouver des solutions, et c'est justement là que peindre devient mon terrain de jeu.
Dans la peinture il y a des règles, maigre sur gras, gras sur maigre, porosité, temps de séchage, diffusion de l'encre... Autant de règles que j’ai appliquées ou détournées afin de progresser.
Cette attirance pour l’expérimentation vient de ma mère qui, venant d'une famille de scientifiques, et étant elle-même micro-paléontologue, m'a fait jouer avec du savon et de l'eau, fabriquer des bougies colorées avec un mélange de paraffine et de craies grasses, jouer aussi avec du vinaigre et du bicarbonate de soude, expliqué pourquoi des fossiles peuvent être trouvés dans telle montagne et pas une autre, elle m'a expliqué la stratigraphie rocheuse qui nous entourait, les différentes qualités de terres et de pierre.
Tout cela m'a permis de peindre à mes débuts, principalement sur du bois, car plus manipulables que la toile.
Selon la porosité de ma surface, j'ai découvert le poids des pigments qui se réorganise naturellement sur une fine couche d'eau, de la même façon que notre sol a pu se former, mes peintures se solidifiaient d'elles-mêmes.
J'ai pendant 3 ans joué et découvert des façons de « cristalliser » des gestes liquides.
Sans jamais me priver d'y ajouter de la cire du pigment, de l'huile ou de la javel, dessiner avec une bougie ou un briquet, mon travail est vite devenu pour moi un « brique à braque » qui s'accumulait dans mon espace.
Ce n'est qu'à la suite de mon diplôme de troisième année que j'ai intuitivement voulu me libérer de toute cette accumulation de matière dans laquelle je me sentais embourbé.
Je me suis donc mis au défi de peindre sur de la toile et sans couleurs.
C'est alors que l'encre de Chine, le fusain, la poudre graphite et la bombe de peinture me sont apparus comme les meilleurs médiums.
Comme une épuration de mon plan de travail, je n'avais plus que quelques outils pour produire.
Je voulais que mes peintures soient vides de matière, mais très vite et paradoxalement, la matière n’était plus déposée sur la toile, mais présente dans ma façon de construire une pièce.
J'ai intuitivement utilisé des objets physiques comme du grillage, du barbelé, des fleurs ou encore de la dentelle, mais aussi du papier toilette mouillé, du sable et tout ce qui peut me servir afin de faire un patchwork de pochoirs.
J'ai alors accumulé non plus des pigments et des médiums, mais plutôt des objets divers récupérés dehors, « fuera ».
L'expression « tricher est un jeu d’enfant » m'est revenue.
A l'école, des stratagèmes j'en ai joué, comme fabriquer une équerre grâce à une feuille à petits carreaux afin d’être sûr qu'en suivant les lignes de cette feuille, j'ai un angle à 90° pour le contrôle de géométrie.
Quant au lieu de dessiner une fleur, un grillage, ou peu importe quel motif, je fais la même chose. Je dépose sur ma toile tous ces objets afin de les « imprimer » à l'aide d'encre projetée.
Produire est devenu presque une façon de retrouver des souvenirs et des sensations d'enfance. J'ai par la suite fabriqué un tableau à craies sèches de 130 x 195 cm, un rapport à la scolarité et à l'apprentissage était devenu un point de départ, une inspiration, j'ai l'impression de peindre comme quand je dessinais pour passer le temps, par plaisir de jouer, que je juge le résultat comme intéressant ou non, n'est pas l'important.
Il y a toujours quelque chose à prendre, à reproduire ailleurs.
À force de réutiliser les mêmes objets, non seulement ils se transforment, se rigidifient et épaississent sous l'accumulation de couches d'encre, ils changent aussi sur la toile, une fleur peut servir à faire un nuage, sa tige peut devenir un arbre, mais aussi des ombres, ou des formes informelles, ils perdent leur nature originelle, je trouve cette aliénation pertinente car elle me fait penser aux souvenirs déformés par le temps, mais aussi à moi-même, car je crois que nous nous éloignons toujours plus de ce que nous avons pu être étant enfants.
Je ne pense pas travailler pour revendiquer ce changement d'état comme péjoratif, au contraire, je suis avant tout fasciné par ce retour en arrière que me permet la peinture.
Le noir et blanc me fait penser aux photos de famille, mes paysages sont des souvenirs éloignés de la réalité, mais pas pour autant faux. Et si je peux exagérer ou les rendre encore plus oniriques alors je ne m'en prive pas, car je pense qu'il n'y a rien de plus vrai que cela, et qu'il faut justement l’accepter, changer la réalité était une chose que j'ai toujours faite quand j’étais petit.
Quant aux peintures plus abstraites, le simple fait de les avoir faites avec tout ce que j'ai pu apprendre au cours du temps leur permet d'exister pour moi, elles sont une conciliation entre mes 28 ans et mes 9 ans.
Ce mélange peut d’ailleurs se lire par moments sur quelques toiles, par de la typographie, le premier que j'ai utilisé est « Conatus » qui veut dire : « persévérer dans l’être par l’effort », par la suite, des mots qui viennent spontanément sont souvent placés comme des titres tels que, fantôme, parasite, parfum, eigengrau, trouble, miedo, tonantzin, flumen, fémur, et d'autres.
En somme, mon travail démarre d'une introspection libre, utilisée et appliquée sur mes surfaces par des stratagèmes et techniques diverses, lors d'un moment de jeu, défini temporellement par des temps de séchage, et composé par une échelle limitée. En effet, les objets que je ne dessine plus ne peuvent donc pas être agrandis ou réduits, libre à moi de trouver ou non un moyen de « tricher ».
Diego Garcia Lara, 2025










