Loading...
Galerie d'art contemporain

Jean-Luc André

Le monde comme équation



13 mars - 18 avril 2026

Les équations de la Banque Aléatoire De Récit (Bancalder) sont les traductions d'images du Monde en langage mathématique.
Ces images sont prélevées dans différents champs signifiants, que ce soit le domaine de l'actualité (tremblements de terre, incendies dévastateurs, inondations, émeutes, guerres…) ou le champ de l'histoire à partir de tableaux célèbres comme "Le radeau de la Méduse" de Théodore Géricault...
Ces traductions mathématiques sont réalisées en dessin (mine graphite et crayons de couleur), puis agrandies par impression numérique comme autant d'écrans où se développe le "Récit de l'Avenir".

Chaque écran porte alors un fragment du "Récit" :
La traduction du "Radeau de la Méduse" en équation porte le "chiffre du Naufrage", un tableau de "Nymphéas" de Claude Monet porte le "chiffre de la Submersion"...
Dans le domaine de l'actualité une photo transformée d'un tremblement de terre devient le "chiffre de l'Effondrement", une photo d'incendie devient le "chiffre de la Dévastation"... et ainsi de suite avec d'autres images...

Tous ces "chiffres" assemblés donnent à percevoir une description de l'avenir du Monde en mettant en application cette formule du philosophe Paul Ricoeur :
"Le temps devient temps humain dans la mesure où il est articulé sur un mode narratif."
Autrement dit, il faut configurer le réel en histoires pour le rendre accessible et y agir...

En superposant les deux récits dans ses équations, la Bancalder provoque une décoïncidence significative des champs, car comme le précise le philosophe François Jullien :
"La décoïncidence se manifeste en termes, non d'espacement, mais de détachement ; non de renvoi et d'intervalle, mais de désolidarisation et d'écart, le propre de l'écart étant de faire émerger une dissidence et de mettre ainsi en tension ce qui est séparé."

Ce creusement d'un écart ouvre comme une éclaircie dans la perception d'un avenir un peu sombre ; on pourrait comparer ce principe de décoïncidence à l'effet de moires quand les plis d'un rideau font jouer l'ombre et la lumière dans les décalages de leur superposition... Les moires n'ont pas de matérialité tangible mais font justement percevoir une réalité augmentée...
Ces canevas de superposition quantique sont alimentés par un dispositif de circuits de calculs, "algorithmes" de la marque TTNC (Tout en Traviole Narrative Circuit), de sorte que ce que l'on voit est plus que ce qui est montré, mais ce qui est montré est plus que ce que l'on voit............

 

                                                                                                                                                                                            Ahenn Déhayret

 

Né en 1955 à Caen, France.
Vit et travaille à Paris.

Jean-Luc André est artiste et théoricien, membre du groupe de musique expérimentale Déficit des Années Antérieures (DDAA), il était également professeur à l'École Nationale d’Art de Bourges. Son travail couvre un champ très diversifié de pratiques : dessin, installation, vidéo, son, et aussi écriture. Il a publié « Le bord du réel » en 2000, ouvrage théorique sur le statut de l'image dans les pratiques contemporaines de l'art.

La création de BANCALDER, Banque Aléatoire DE Récit, synthétise ces différentes pratiques en une organisation générale d'appropriation et de piratage du réel. 

Le monde est une vaste réserve de récits potentiels, la Bancalder se donne pour objectif la matérialisation de ce potentiel. Le matériologue François Dagognet écrit dans Le trouble : « une perception directe, tranquille, nous trompe ; il faut, en effet, une épreuve, une secousse, pour que surgisse ce qui était éloigné ou tapi... »

C'est à la réalisation de telles épreuves ou secousses que s'attache la méthodologie de la banque aléatoire de récit. Collision, compression, dilatation sémantiques sont les outils de la Bancalder pour révéler les récits cachés. La banque aléatoire de récit procède par prélèvements de fragments dans différents domaines du réel. Ce fragment, institué comme programme d'action (scénario) par rabattement sur un autre secteur du réel, induit un rapport symbolique d'autorité, un ordre symbolique sur la base d'un incident.

 

Six expositions personnelles de Jean-Luc André ont eu lieu à la galerie Lara Vincy :

Speed color velocity, 1990
Fracas fossilisé d’un chaos lointain, 1992
Dessins et Incidents de la Banque Aléatoire DE Récit, 2001
DONG! DONG! (traçabilité du XXIe siècle) Peintures transgéniques, dessins au carbone et induction de trains d’ondes, 2007
Agence National de Récit Évasif, 2011
Actualité du Monde Vague, 2015